Comment l’IA fabrique une image, pis pourquoi elle invente votre logo

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Comment l’IA fabrique une image, pis pourquoi elle invente votre logo

Josée a ouvert sa boulangerie sur la rue des Cascades, à Saint-Hyacinthe, il y a onze ans. Un mardi soir de fin octobre, après avoir lavé le dernier plateau, elle a tapé dans ChatGPT : « Fais-moi une affiche pour ma promo de croissants, 6 pour 9 $, avec mon logo. » Trente secondes plus tard, l’affiche était là. Des croissants dorés, une belle lumière de matin, le prix bien écrit en gros. Pis en haut, un logo qu’elle n’avait jamais vu de sa vie : un épi de blé dans un cercle, avec un nom de boulangerie qui ressemblait au sien. Presque.

« Il est beau, son logo. Le problème, c’est que ce n’est pas le mien, pis je ne lui ai jamais montré le mien. »
Josée, boulangère à Saint-Hyacinthe (personnage fictif, situation très réelle)

Josée n’a rien fait de travers. Elle a juste demandé à la machine quelque chose que la machine ne pouvait pas savoir. Et pour comprendre pourquoi, il faut regarder comment une image sort d’une IA. Pas besoin de maths, promis. Moi, je fabrique des visuels et des vidéos avec l’IA à peu près tous les jours pour IntelTek et pour mes clients, et je vous explique ça comme je l’expliquerais à Josée, au comptoir, avec un café (moi ce serait un lait au chocolat, mais bon).

D’où l’IA a appris à dessiner

Une IA qui génère des images n’a pas de photos rangées dans un tiroir. Elle ne va pas chercher une image sur Google pour vous la recopier. Avant d’être mise entre vos mains, elle a été entraînée sur une quantité astronomique d’images, chacune accompagnée d’une description : « chat orange sur un divan », « coucher de soleil sur le fleuve », « croissant sur une planche de bois ».

À force d’en voir passer, elle n’a pas mémorisé les images une par une. Elle a appris des liens. Elle sait à quoi « ressemble » le mot croissant : une forme en croissant, une couleur dorée, des feuilles de pâte, souvent une table, souvent de la lumière qui vient de côté. Elle sait aussi ce que « lumière du matin » change dans une scène, ou ce que « style aquarelle » fait aux contours.

Pensez à un apprenti pâtissier qui a vu passer dix mille gâteaux dans sa carrière. Il ne se souvient d’aucun en particulier, mais si vous lui demandez « un gâteau de fête au chocolat pour un enfant de six ans », il sait exactement quoi faire. C’est à peu près ça, l’IA. Une mémoire de patterns, pas une banque de photos. (Nuance honnête : quand une image a été vue des milliers de fois, comme une œuvre très connue, l’IA peut la reproduire de façon troublante. C’est une des raisons pour lesquelles les outils ont des garde-fous.)

Si l’IA en général vous semble encore floue, j’ai fait un tour d’horizon plus large dans ce guide sur l’intelligence artificielle pour les PME du Québec. Ici, on reste sur les images.

La neige de télé : comment une image sort du bruit

Vous vous rappelez la neige sur les vieilles télés quand le poste ne captait rien? Des points gris qui grouillent, aucun sens. C’est littéralement le point de départ de la plupart des IA d’images. La technique s’appelle la diffusion, et elle fonctionne en deux temps.

Pendant l’entraînement, on prend une vraie photo et on lui ajoute du bruit, un peu à la fois, jusqu’à ce qu’il ne reste que de la neige. À chaque étape, on demande au modèle de deviner quel bruit a été ajouté. Au début, il se trompe tout le temps. Après des milliards d’essais, il devient extrêmement bon pour une seule chose : regarder une image brouillée et dire « ça, ici, c’est du bruit, enlève-le ».

Quand vous lui demandez une image, on fait le chemin inverse. Le logiciel part d’une neige complètement aléatoire. Il n’y a rien dedans. Puis le modèle la nettoie, passe après passe, quelques dizaines de fois. Et à chaque passe, votre texte sert de boussole : il ne nettoie pas n’importe comment, il nettoie dans la direction de « croissants dorés, lumière du matin ». Les premières passes donnent des taches de couleur. Ensuite des formes. Ensuite des contours. Les détails (la texture de la pâte, le reflet sur le comptoir) arrivent à la toute fin.

Le vieux cliché du sculpteur qui dit que la statue était déjà dans le bloc de marbre, pis qu’il a juste enlevé ce qui dépassait? C’est pas mal l’idée. Sauf que le bloc, ici, c’est du bruit, et le ciseau, c’est vos mots.

Deux conséquences pratiques. D’abord, chaque génération part d’une neige différente. Même phrase, autre neige, autre image. C’est pour ça que je génère toujours trois ou quatre versions du même prompt avant d’en choisir une : la première n’est presque jamais la meilleure. Ensuite, pour aller plus vite, le modèle ne travaille pas sur les pixels eux-mêmes, mais sur une version compressée de l’image, qu’un décodeur transforme ensuite en vraie image haute résolution. Vous ne le voyez jamais, mais c’est ce qui permet d’avoir un résultat en quelques secondes au lieu de quelques heures.

Une précision pour les curieux : le générateur intégré à ChatGPT ne fonctionne pas forcément comme ça. D’après le peu qu’OpenAI en a dit, il construirait l’image plutôt morceau par morceau, un peu comme il écrit une phrase mot par mot. Les entrailles des outils commerciaux ne sont pas toutes publiques, fait que personne en dehors de ces compagnies ne peut vous le jurer. La mécanique change d’un outil à l’autre, mais le fond reste le même : prédire, à partir de tout ce qu’il a vu, ce qui « devrait » être là.

Comment vos mots deviennent une direction

Quand vous tapez votre demande, l’IA ne la lit pas comme vous et moi. Un premier module transforme votre phrase en une série de coordonnées, une sorte d’adresse dans l’univers de toutes les images possibles. « Croissant » vous amène dans un quartier. « Croissant doré sur une planche de bois, lumière de fenêtre, photo de style magazine » vous amène à une adresse beaucoup plus précise dans ce quartier-là.

C’est pour ça qu’un prompt vague donne une image générique : vous avez donné un quartier, l’IA a choisi une maison au hasard. Plus vous décrivez le cadrage, la lumière, l’ambiance, le format, plus vous réduisez le hasard.

Quelques pièges connus. Les négations restent fragiles sur plusieurs outils : écrire « pas de monde dans la boulangerie » peut parfois faire apparaître… du monde, parce que le mot « monde » est dans la phrase. Les modèles récents comprennent mieux, mais quand c’est possible, décrivez ce que vous voulez plutôt que ce que vous ne voulez pas (« boulangerie vide, tôt le matin »). Et les chiffres précis (« exactement sept croissants ») sont encore une loterie.

Autre détail que j’ai appris à la dure : la langue compte. Mila (c’est comme ça que j’appelle ChatGPT dans mon atelier) se débrouille très bien en français. Par contre, pour les scènes vidéo dans Veo, de Google, j’écris toujours mes prompts en anglais, sinon les résultats partent dans toutes les directions. Chaque outil a ses manies. Si vous hésitez entre plusieurs plateformes, j’ai comparé les principales dans cet article sur les alternatives à ChatGPT pour les PME québécoises.

Pourquoi elle invente votre logo (pis d’autres affaires)

Revenons à Josée. Elle a écrit « avec mon logo ». Sauf que son logo, l’IA ne l’a jamais vu. Il n’existe nulle part dans ce qu’elle a appris. Alors elle a fait ce qu’elle fait toujours : elle a prédit à quoi ressemble, en général, un logo de boulangerie. Un épi de blé, un cercle, une police un peu rétro. Plausible, joli, et faux.

C’est la règle à retenir : l’IA ne connaît rien de précis sur votre entreprise. Ni votre logo, ni votre face, ni votre camion, ni votre local. Tout ce qu’elle ne peut pas voir, elle l’invente de façon crédible. C’est justement ce qui est dangereux, parce que ça a l’air vrai.

Le texte dans les images, lui, s’est beaucoup amélioré. Pendant longtemps, les IA écrivaient du charabia, des lettres qui ressemblaient à des lettres. En 2026, Mila me sort du français avec les accents et un numéro de téléphone lisible la plupart du temps. La plupart du temps. Relisez quand même chaque lettre et chaque chiffre avant de publier. Sur une vidéo, on a déjà eu une voix IA qui disait 514-297-7800 au lieu de 514-291-7800. Depuis, chez nous, le numéro n’est jamais dicté par une voix IA : il est écrit à l’écran, point.

La constance, c’est l’autre grosse limite. Puisque chaque image repart d’une neige différente, un personnage change d’une image à l’autre si vous ne lui montrez rien. Notre mascotte, Byte, un petit robot blanc et bleu, sortait avec une tête différente à chaque fois au début. La solution : joindre une image de référence. Aujourd’hui, je joins toujours une image de Byte et le vrai logo IntelTek, et j’écris noir sur blanc à l’IA de ne pas y toucher. Une nuance qui compte pour une marque, par contre : avec une référence, l’IA garde une ressemblance. Reproduire votre fichier au pixel près, elle ne le garantit pas. Pour Byte, une ressemblance suffit. Pour un logo, non.

« Use the attached logo as the only logo. Do not invent or modify any logo. »
La dernière ligne de chaque prompt de bannière chez IntelTek (gabarit validé en novembre 2026)

Pour Josée, la correction est simple : joindre son vrai logo à la demande, et dire clairement de l’utiliser tel quel. Si l’IA le déforme quand même (ça arrive), plan B : générer l’image sans texte ni logo, puis poser le logo et le prix par-dessus dans Canva. Dix minutes de plus, zéro surprise.

Le même sujet, deux prompts

Pour vous montrer la différence, voici deux demandes pour la même bannière, celle d’une page de services à Laval.

Avant, le prompt que tout le monde écrit : « Fais-moi une bannière pour mon agence de marketing à Laval. » Résultat : un bureau générique, des écrans flous, un logo inventé, un texte approximatif. Utilisable nulle part.

Après, notre gabarit maison. Il dicte le format (16:9, rendu photoréaliste), le fond (bleu marine avec des lignes de circuit et des touches d’orange), et surtout les zones : à gauche, le logo joint, tel quel; au centre, trois lignes de texte entre guillemets, mot pour mot; à droite, Byte, avec la consigne de le garder identique à l’image jointe; en arrière-plan, la ville au crépuscule, en automne. Les icônes doivent rester abstraites, sans vrais logos. Résultat : une bannière qu’on a installée telle quelle sur une page du site.

[Insérer ici l’image « avant » et l’image « après », côte à côte ou l’une sous l’autre.]

La différence ne vient pas d’un outil plus cher. Elle vient du fait qu’on a enlevé presque tout le hasard. Une bannière de site, c’est la première chose qu’un visiteur voit; si elle a l’air générée à la va-vite, il le sent. On en parle aussi quand on bâtit un site web pour une PME : les visuels font partie de la crédibilité autant que le texte.

Et la vidéo, elle?

Même principe, avec une difficulté de plus : le temps. Une vidéo, c’est des dizaines d’images par seconde, et chacune doit rester cohérente avec la précédente. Le personnage ne doit pas changer de chandail entre deux secondes, la tasse ne doit pas changer de main. Les modèles vidéo font donc la même « neige qui se nettoie », mais sur toute la séquence en même temps, pour que les images se tiennent entre elles.

Dans notre atelier, ça se divise en deux. Pour les scènes (un paysage, un produit qui tourne, un personnage animé), on utilise Veo, de Google. Pour un avatar qui parle, avec la bouche synchronisée sur la voix, on utilise HeyGen. Mon avatar à moi, c’est mon vrai visage et ma voix clonée, pas un acteur générique. Tout ça finit dans CapCut pour le montage, les sous-titres et la musique.

Mes règles, si vous voulez essayer de votre côté : prompts en anglais, toujours terminer par « no text » (le texte, on le pose au montage), trois ou quatre versions par prompt, et on fait les essais en mode rapide avant de lancer la version finale en qualité maximale. Ça sauve beaucoup de crédits. Bref, la vidéo IA demande plus de patience que l’image, mais le principe de base est identique.

Ce qu’une PME devrait faire avec ça (pis ce qu’elle devrait jamais faire)

Oui, l’IA d’images est une vraie bonne affaire pour une petite entreprise. Les visuels de vos publications, les bannières de site, les images d’articles de blogue, les fonds pour vos promotions, les mises en scène de produits (à condition de partir d’une vraie photo de votre produit) : tout ça coûtait une séance photo ou des heures de graphisme, et ça se fait maintenant en une soirée. Pour une PME qui publie sur les réseaux sociaux toutes les semaines, c’est un gain de temps énorme. C’est d’ailleurs comme ça qu’on produit une bonne partie des visuels dans nos forfaits de gestion des réseaux sociaux. Et si vous voulez d’autres idées d’utilisation au quotidien, j’en ai regroupé dans 10 usages de ChatGPT pour les PME.

Par contre, il y a une ligne. Ne fabriquez jamais une fausse photo de votre équipe, de votre local, d’un client ou d’un « avant-après » de chantier. Un entrepreneur en rénovation qui montre une cuisine refaite par l’IA comme si c’était son travail, c’est de la fausse représentation, point. Par contre, un paysagiste qui montre une cour imaginée par l’IA en écrivant clairement « concept » dessus, lui, fait juste son travail de vendeur. Honnêtement, une PME qui met une équipe inventée sur sa page À propos, je pense qu’elle mérite de perdre le client qui s’en rend compte. Et il va s’en rendre compte. L’IA sert à illustrer. Elle ne sert pas à prouver.

Deux autres affaires à savoir. Premièrement, plusieurs outils ajoutent maintenant une signature invisible ou des métadonnées dans les images générées, selon des standards comme C2PA, qui servent à indiquer qu’une image vient d’une IA. Ces systèmes ne sont pas infaillibles : une simple capture d’écran ou une conversion de fichier peut effacer les métadonnées, et l’absence de signature ne prouve pas qu’une image est vraie. Ce n’est pas une raison pour paniquer, mais ça veut dire qu’il faut assumer ce que vous publiez; j’en parle plus en détail dans cet article sur les filigranes invisibles. Deuxièmement, faites attention à ce que vous téléversez. Une photo d’un client, d’un employé ou d’un document envoyée dans un outil d’IA, ce sont des renseignements personnels, et la Loi 25 s’applique aussi à ce que vous donnez à l’IA.

Un dernier conseil : ne faites pas créer votre logo officiel uniquement par une IA. La question de savoir à qui appartient une image générée n’est pas réglée clairement au Canada, et un logo, c’est le genre de chose qu’on veut posséder sans aucun doute. Je ne suis pas avocat; si c’est important pour vous, parlez-en à quelqu’un qui l’est.

Ce qu’il faut retenir

  • L’IA ne copie pas des photos : elle a appris des liens entre des mots et des formes, et elle part d’une neige aléatoire qu’elle nettoie en suivant votre texte.
  • Tout ce qu’elle n’a jamais vu (votre logo, votre visage, votre local), elle l’invente de façon crédible. Joignez vos vraies références et dites-lui de ne pas y toucher.
  • Un prompt précis (format, zones, lumière, texte exact entre guillemets) enlève le hasard; générez toujours plusieurs versions et relisez chaque lettre.
  • Servez-vous-en pour illustrer, jamais pour prouver : pas de fausse équipe, pas de faux chantier, pas de faux client.

Josée, elle, a refait son affiche le lendemain, avec son vrai logo en pièce jointe. Ses croissants sont partis avant onze heures. Pendant ce temps-là, ses concurrents qui n’ont pas encore apprivoisé ces outils paient encore un graphiste pour chaque promo, ou ne publient rien du tout. Chaque mois où vous ne vous y mettez pas, c’est un mois de visibilité que quelqu’un d’autre prend à votre place.

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Marc Perreault, fondateur d'IntelTek

Marc Perreault — fondateur d’IntelTek

Informaticien depuis 2013, Marc accompagne les PME québécoises en création de sites web, SEO et référencement IA (GEO). Il produit lui-même les visuels et vidéos IA d’IntelTek avec Mila, Veo et HeyGen.

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